La joie, l'entrain, la volonté. Chacun dans sa sphère irréelle ressent à l'identique. Pourtant ces sentiments, et tous les autres, me font défaut. Je vis l'expérience charnelle à travers des mots, des blancs, des demi-phrases, des demi-mots. L'amour ? le chagrin ? la transe ? Je me shoote aux souvenirs, m'irradie aux émotions, m'étouffe aux soubresauts des autres.

Debout dans ma kitchenette micro-fonctionnelle, coincé entre l'évier 1 bac alu et le placard mélaminé formica. Encombrant l'espace de ce corridor étriqué, je m'imagine vivre à sa place. J'imagine être lui. Je rêve les mêmes choses. Ses idées, ses points de vue sont les miens. Dévidant les pensées que j'ai fait mienne, je les malaxe, les retourne, les modèle, les sculpte, les pare jusqu'à ce qu'elles deviennent méconnaissable. J'aimerais les conserver aussi légères, aussi limpides que lorsqu'elles me sont apparues. Sa vie est faite d'écriture. Ses rencontres, de lectures et d'auteurs. Sa famille, d'écrivains Ses amours, de jeunes gens prometteurs. Alors, là, au milieu de ce corridor abscons, l'espace s’évanouit. La pièce mute, se drape d'une obscurité éclatante, d'une douceur brute. À peine le temps de penser à en jouir, pensée fugace, qu'elle s’évanouit.

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