Ecrits

Ce monde

garçon

Le monde que vous convoitez, vous jalousez, celui de la ruse, de l'attaque, du déchirement…ce monde n’est pas le mien. Ce monde fait de privation, de frustration, de perversion, d'exploitation, de pouvoir; de force, de concision, de prévoyance, d'action rassurante; de maitrise, de cohérence, de responsabilité, de stratégie, de concepts et de décisions ineptes; ce monde est un monde qu’ « il m’est odieux de suivre autant que de guider »

Ecrits

Semblable

La joie, l'entrain, la volonté. Chacun dans sa sphère irréelle ressent à l'identique. Pourtant ces sentiments, et tous les autres, me font défaut. Je vis l'expérience charnelle à travers des mots, des blancs, des demi-phrases, des demi-mots. L'amour ? le chagrin ? la transe ? Je me shoote aux souvenirs, m'irradie aux émotions, m'étouffe aux soubresauts des autres.

Debout dans ma kitchenette micro-fonctionnelle, coincé entre l'évier 1 bac alu et le placard mélaminé formica. Encombrant l'espace de ce corridor étriqué, je m'imagine vivre à sa place. J'imagine être lui. Je rêve les mêmes choses. Ses idées, ses points de vue sont les miens. Dévidant les pensées que j'ai fait mienne, je les malaxe, les retourne, les modèle, les sculpte, les pare jusqu'à ce qu'elles deviennent méconnaissable. J'aimerais les conserver aussi légères, aussi limpides que lorsqu'elles me sont apparues. Sa vie est faite d'écriture. Ses rencontres, de lectures et d'auteurs. Sa famille, d'écrivains Ses amours, de jeunes gens prometteurs. Alors, là, au milieu de ce corridor abscons, l'espace s’évanouit. La pièce mute, se drape d'une obscurité éclatante, d'une douceur brute. À peine le temps de penser à en jouir, pensée fugace, qu'elle s’évanouit.

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Ecrits

Rejection

Tellement peur.
L'espoir fou,
être aimer, enfin, simplement,
juste pour ce que tu es.

Et puis Recommencer,
l’apparat, les atours,
la quête, le désir.

Tellement conscient.
Toujours la fin, la même toujours.
Pour elle, pour lui, pour moi.

Abandonné, délaissé, bafoué, émasculé, nié.
Rejet, dégout, refus, aversion, négation.

Des serments, des vœux,
juré, craché, ad vitam.

Tellement lucide.
Incontrôlable romantisme
brûlé, au vice maitrisé.

Prose

J'ai trente ans.

Mon corps est anodin. Ma manière de me vêtir, ordinaire. Tout en moi dénote un manque de goûts. Mauvais assortiment de formes, de couleurs, d'attitude, de regard. On ne me remarque guère. Je ne dis pas grand-chose, ou alors des banalités sur le temps, le prix de la baguette ou la dernière série TV. J'existe pour autant que les autres existent. J'observe mes semblables, m'efforce de leur ressembler. J'approuve ceux qui parlent haut par un hochement de tête bienveillant. Je défends leurs idées, empruntant leurs arguments. Je les amuse de leurs bons mots. Je comprends difficilement les astuces mais je prie qu'on me les explique; puis je ris franchement pour confirmer que j'ai bien compris.
Je connais ce qu'il faut pour être informé : débats d'actualité, faits divers sordide, politique étrangère, catastrophes écologiques, humanitaires, financières. Certains soirs, lorsque j'ai bu, j'élève la voix, je me passionne. Dans une soudaine inspiration, j'émets un avis, quelques idées, quelques paradoxes... Mais rien d'essentiel de ma bouche jamais ne sort. Foncièrement indécis, influençable, insincère, je peux changer d'avis pour plaire au premier venu. Aucune certitude que ce monde soit bon ou bienveillant. Je me soucie peu qu'il y ait une vie après la mort. Je m'engouffre dans une direction au hasard, puis je repars, au carrefour suivant, en sens inverse. Je me laisse manipuler, violenter, bercer par le temps qui coule.
D'aucuns prétendent que je me cache, contenant à grands renforts de barrages et d'écluses le torrent de pulsions qui se bousculent en moi, les déferlements de mots, les symptômes d'amour et de haine, les charrois d'injures, les soupirs d'extase et de volupté. Quelques amis me prêtent une humanité profonde. Ils discernent sous mon silence de grandes douleurs, de profonds secrets. Ils affirment: “C'est un sentimental qui s'ignore”.
Malgré des efforts, il me semble que je n'existe pas encore, que je ne peux être maître d'un destin. Mes crises d'adolescence ont fait place au vide de l'adulte. Mon corps, mon cerveau montrent chaque jour leurs limites. Je me contente de bonheurs simples. J'aime me promener, marcher dans la campagne. Rire, boire et manger en bonne compagnie. Chanter, pleurer au son d'une musique exquise. J'aime les caresses légères et l'amour sans passion. Je suis peut-être chargé de missions, mais j'ignore lesquelles et pour le compte de qui. Je me balade, je butine, je m'étonne. J'essaie de comprendre, puis j'abandonne. Curieux de tout, fasciné par le monde, je m'instruis. Je songe à conquérir cette petite importance. Je m'accroche un instant, puis je décampe au premier danger. Je suis un papillon d'une espèce bizarre, volant légèrement de travers, au gré des vents.”

Photos

Boréale

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La ville, plongée dans une léthargie, couve, hiberne. Le froid et la pluie n'encourage pas à sortir. De toute manière ici l'hiver il n'y a rien.
Nulle part où se poser. Nulle part où débarquer. La nuit est vide et molle. Comme un marin sans port j'erre sur l'asphalte détrempé. Les enseignes, sans vie, laissent les vitrines vides et sans âmes. Aucune lumière, aucun reflet sur le bitume miroir, excepté celle, blafarde, d'un néon grésillant d'arrière salle de PMU. Malgré les relents de bière tiède, la couleur fadasse, les murs sales et défraichis, se sera pour ce soir le providentiel îlot de réconfort.

Ici l'hiver est comme ailleurs - une vie sans fond.

Photos

Golden eye

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Abandon

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Photos

Aurore métallique

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Je m'épanouis dans un clair obscure. Préservé de cette journée agressive, je m'avance vers ce loup sans entendre le chien qui me suit. J'attends que la nuit m'enveloppe de sa douceur, de sa noirceur salvatrice, il me plait à jouer les passe murailles. Le feu, éteint depuis peu, s'immisce encore en peu. L'explosion se transforme lentement en un feu de camp. L'iris s'agrandit et le spectre me fait face.

Purple, comment m'as-tu retrouvé ?

Prose

Sphère d'impudeur !

Dans un monde ou l'on existe que parce que l'on s'exhibe, je n'ai pas beaucoup de choix. Un choix contre nature, un choix imposé, un choix irrémédiable. Je le réfute et le repousse autant que possible. Mais je n'y peux rien, il s'impose.
L'ombre et la discrétion sont mes plus fidèles alliées. Je les chéries. Elles me réconfortent, elles me structurent.  Mais cette autarcie, à la limite de la consanguinité, m'appauvrit. Je m'atrophie. Tel un arbrisseau je dois m'ancrer, m'enraciner pour ne pas être balayer par le premier coup de vent.
Balloter, secouer, tailler, mais toujours avec souplesse et vigueur. Et un jour atteindre l'envergure estimable d'un centenaire.

En vous révélant ces choix, ces mots, c'est une part intime que je dévoile.